Le traitement du bois contre les termites, capricornes et champignons lignivores relève du TP8, la catégorie de produits biocides dédiée à la préservation des structures boisées. Tout professionnel qui applique ces traitements avec des produits réservés aux professionnels doit détenir le certibiocide « autres produits », accessible via la formation certibiocide autres produits, ou le certibiocide « nuisibles », qui couvre aussi le TP8. Cette obligation découle de l’arrêté du 9 octobre 2013 modifié, applicable depuis le 1er juillet 2015.
Ce qu’il faut retenir :
- La formation certibiocide autres produits est obligatoire pour tout applicateur de traitements du bois (TP8) réservés aux professionnels, sauf s’il détient déjà le certibiocide nuisibles
- Les trois menaces principales sont les termites (dégâts structurels irréversibles), les capricornes des maisons et la mérule (champignon lignivore)
- L’injection préventive protège une charpente pendant 10 ans ; le diagnostic termites est obligatoire avant toute vente immobilière dans les zones à risque
Les produits biocides TP8 et leur cadre réglementaire

Le TP8 désigne les produits biocides utilisés pour la préservation du bois et des matériaux dérivés contre les organismes qui les dégradent. Ces traitements contiennent des substances actives insecticides et fongicides approuvées au niveau européen selon le règlement (UE) n° 528/2012. Chaque produit doit disposer d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée par l’ANSES avant de pouvoir être commercialisé en France.
Pour le TP8, la réglementation vise trois rôles : l’« utilisateur » (l’applicateur qui manipule le produit), l’« acquéreur » (la personne qui choisit le produit et décide de l’achat) et le « distributeur » (le revendeur qui vend aux utilisateurs finaux). Pour le traitement biocide du bois, c’est le rôle d’utilisateur qui s’applique dans la majorité des cas. Le certificat s’obtient après 7 heures de formation et un QCM de 30 questions (20 bonnes réponses requises) ; il est valable 5 ans et se renouvelle dans les mêmes conditions. Les professionnels détenant déjà le certibiocide « nuisibles » sont dispensés pour le TP8 : ce certificat couvre aussi les TP8, TP15 et TP21. Pour comprendre les trois déclinaisons du dispositif, consultez notre guide sur le certibiocide autres produits (TP8, TP15, TP21).
Identifier les insectes xylophages : termites, capricornes et vrillettes
Les termites souterrains
Les termites sont les insectes xylophages les plus redoutés en France métropolitaine. Contrairement aux capricornes qui attaquent le bois sec, les termites souterrains remontent du sol par des galeries-tunnels et consomment la cellulose de l’intérieur. Le bois paraît intact en surface alors que la structure est creusée de l’intérieur, ce qui rend la détection difficile sans équipement spécialisé (sonde acoustique, caméra thermique). Pour ne pas les confondre avec les fourmis charpentières, voir notre article dédié.
En France, de nombreuses communes sont couvertes par un arrêté préfectoral qui impose un diagnostic termites avant toute vente immobilière (Code de la construction et de l’habitation). Dans ces zones, le diagnostic a une durée de validité de 6 mois. L’absence de diagnostic lors d’une transaction peut entraîner l’annulation de la vente ou une diminution du prix. Le diagnostic lui-même ne demande pas de certibiocide ; en revanche, le traitement avec des produits TP8 réservés aux professionnels l’exige, comme l’explique notre article sur le certibiocide obligatoire en 2026.
Les capricornes des maisons
Le capricorne des maisons (Hylotrupes bajulus) est un coléoptère dont la larve se développe dans les bois résineux (pin, sapin, épicéa). Le cycle larvaire dure 2 à 5 ans selon les conditions de température et d’humidité. Pendant cette période, la larve creuse des galeries ovales de 8 à 10 mm de diamètre. Les indices révélateurs sont les trous de sortie des adultes, les vermoulures en forme de petits tonneaux et parfois un bruit de grignotement audible dans le silence.
Les vrillettes et autres insectes à larves xylophages
Les vrillettes (petite et grosse vrillette) attaquent aussi bien les feuillus que les résineux. La petite vrillette (Anobium punctatum) laisse des trous circulaires de 1 à 3 mm. La grosse vrillette (Xestobium rufovillosum) préfère le bois déjà contaminé par un champignon. Le lyctus, quant à lui, cible exclusivement les bois feuillus riches en amidon (chêne, frêne). Identifier correctement l’insecte responsable conditionne le choix du traitement biocide et de la méthode d’application. Notre article sur qui est concerné par le certibiocide détaille les métiers tenus de maîtriser cette identification.
La mérule : le champignon lignivore le plus destructeur
La mérule pleureuse (Serpula lacrymans) est un champignon qui se développe dans les environnements humides et mal ventilés. Elle décompose la cellulose et la lignine du bois, ce qui provoque une pourriture cubique caractéristique : le bois se fissure en petits cubes bruns et perd toute résistance mécanique. La mérule peut progresser de plusieurs centimètres par semaine et traverser les maçonneries grâce à ses cordons mycéliens.
Un traitement curatif contre la mérule exige un protocole rigoureux : suppression de la source d’humidité, retrait des bois infestés avec une marge de sécurité d’un mètre au-delà de la zone visible, traitement fongicide par injection ou pulvérisation sur les maçonneries adjacentes. Le coniophore des caves (Coniophora puteana) est un autre champignon lignivore fréquent, moins agressif ; son traitement avec un fongicide TP8 réservé aux professionnels relève du même certibiocide. Pour comprendre le processus complet de certification, consultez notre guide comment obtenir le certibiocide.
Méthodes de traitement et injection préventive
Traitement préventif par injection
L’injection préventive est la méthode de référence pour les charpentes neuves ou saines. Le technicien perce des trous tous les 30 à 40 cm dans les pièces de bois, puis injecte le produit biocide sous pression pour atteindre le cœur du matériau. Cette protection est valable 10 ans selon les fabricants et les normes en vigueur (la norme NF EN 14128 fixe les critères d’efficacité des produits de traitement curatif). Le coût moyen se situe entre 20 et 40 euros par mètre linéaire de charpente.
Traitement curatif
Le traitement curatif intervient après constatation d’une infestation. Il combine le bûchage (retrait des parties dégradées), le brossage et l’injection sous pression. Pour les termites, le traitement périmétrique par barrière chimique dans le sol complète l’intervention sur le bois lui-même. Le port d’équipements de protection est requis : gants résistants aux agents chimiques, masque respiratoire à cartouche et combinaison jetable, conformément à la fiche de données de sécurité (FDS) de chaque produit.
Traitement par appâts (piégeage)
Pour les termites, il existe une alternative à la barrière chimique : les pièges à appâts. Des stations contenant un régulateur de croissance sont installées autour du bâtiment. Les termites consomment l’appât et le transmettent à la colonie. Cette méthode, moins invasive, nécessite un suivi trimestriel pendant 2 à 5 ans. Elle relève aussi du Certibiocide dès lors que les appâts sont des biocides réservés aux professionnels ; le type de produit figure sur l’étiquette : s’il s’agit d’un insecticide TP18, c’est le certibiocide nuisibles qui est requis. Pour connaître les obligations administratives associées, consultez notre article sur la déclaration d’activité certibiocide.
Obligation certibiocide pour les applicateurs TP8
Toute personne qui utilise, achète ou vend un produit de traitement du bois TP8 réservé aux professionnels doit détenir le certibiocide « autres produits » ou « nuisibles ». Cette obligation concerne les charpentiers, les entreprises de traitement du bois et les techniciens de sociétés 3D (dératisation, désinsectisation, désinfection) proposant ce service, y compris sur les chantiers de construction. Elle ne s’applique pas à l’usage dans un processus de production industriel (scieries, installations de traitement du bois, usines de meubles). L’entreprise elle-même doit réaliser chaque année, avant le 31 mars, une déclaration d’activité sur l’application CERTIBIOCIDE du ministère de la Transition écologique.
La distinction entre décideurs et opérateurs ne vaut que pour les désinfectants. Pour le TP8, chaque technicien de terrain qui applique le produit doit être certifié, tout comme la personne qui choisit et achète les produits : un responsable certifié ne couvre pas son équipe.
Points de vigilance pour les professionnels
Trois erreurs reviennent fréquemment lors des contrôles :
- Utiliser un produit dont l’AMM a expiré (vérifier systématiquement le portail BioCID)
- Appliquer un traitement sans respecter les dosages indiqués sur la FDS
- Intervenir sans certibiocide valide, alors que l’arrêté l’exige pour acheter et utiliser ces produits (le certificat expire au bout de 5 ans)
FAQ
Le diagnostic termites est-il obligatoire partout en France ?
Non. Le diagnostic termites avant vente est obligatoire uniquement dans les communes situées en zone délimitée par un arrêté préfectoral. Les zones concernées se trouvent surtout dans le sud-ouest, sur le littoral atlantique et dans les départements d’outre-mer ; la liste évolue, la mairie ou la préfecture donne le statut à jour. Le diagnostic est valable 6 mois.
Quelle est la durée de protection d’un traitement préventif par injection ?
L’injection préventive protège une charpente pendant environ 10 ans. Cette durée dépend du produit utilisé, des conditions d’humidité et de l’exposition du bois. Un contrôle visuel tous les 2 à 3 ans est recommandé pour vérifier l’absence de nouvelles infestations. La norme NF EN 14128 fixe les critères d’efficacité des produits de traitement curatif du bois.
Faut-il le certibiocide pour vendre des produits de traitement du bois ?
Oui. Le certibiocide « autres produits » (ou « nuisibles ») s’applique aussi aux distributeurs qui vendent des produits biocides TP8 réservés aux professionnels à des utilisateurs finaux. Il s’agit de la même formation et du même certificat que pour les utilisateurs. Il n’est pas nécessaire que tous les vendeurs soient certifiés, mais le client doit pouvoir être conseillé à tout moment par une personne titulaire du certificat, et l’entreprise tient un registre de vente. Les produits destinés au grand public échappent à cette obligation. Pour en savoir plus sur les différentes catégories, consultez notre guide sur le certibiocide autres produits.
Comment distinguer une attaque de termites d’une attaque de capricornes ?
Les termites creusent le bois de l’intérieur en suivant le fil du bois, laissant des galeries tapissées de terre. Le bois sonne creux au marteau mais paraît intact visuellement. Les capricornes laissent des galeries ovales avec des vermoulures en forme de petits tonnelets et des trous de sortie de 8 à 10 mm. La présence de sciure fine au sol indique généralement des vrillettes plutôt que des capricornes.
Le certibiocide nuisibles dispense-t-il du certibiocide autres produits pour le traitement du bois ?
Oui. Les professionnels détenant le certibiocide « nuisibles » (TP14, TP18, TP20) sont dispensés de passer le certibiocide « autres produits » pour intervenir sur les TP8, TP15 et TP21. Cette équivalence est prévue par la réglementation. En revanche, l’inverse n’est pas vrai : le certibiocide « autres produits » ne donne pas accès aux activités de dératisation professionnelle ou de désinsectisation relevant du certibiocide nuisibles.