Un virucide est un produit ou une substance active capable d’inactiver les virus de façon irréversible, dans des conditions définies : c’est la définition retenue par l’agence européenne des produits chimiques (ECHA) dans son guide sur l’efficacité des biocides. Pour un désinfectant, la mention « virucide » se prouve par des tests, en pratique la norme EN 14476 en suspension puis la norme EN 16777 sur support. Lire ces mentions et choisir le bon produit est le travail du décideur titulaire du Certibiocide Désinfectants.
Ce qu’il faut retenir :
- Virucide, bactéricide, fongicide, levuricide, sporicide : chaque mot désigne une cible biologique (virus, bactéries, champignons, levures, spores bactériennes) et se prouve par des tests, en général une norme EN précise.
- Il existe trois niveaux virucides : virucide (virus avec et sans enveloppe), virucide à spectre limité et virucide contre les virus enveloppés.
- Un désinfectant n’affiche une action virucide que s’il a réussi les tests correspondants, au temps de contact indiqué sur l’étiquette.
Virucide : la définition officielle

Le guide de l’ECHA sur l’efficacité des produits biocides (version 6.0, août 2023) donne deux définitions complémentaires. Le virucide est un agent, produit ou substance active, qui inactive les virus de façon irréversible dans des conditions définies. L’activité virucide est sa capacité à réduire le nombre de particules virales infectieuses des organismes de test, toujours dans des conditions définies. Un produit virucide se juge donc au résultat d’une évaluation, pas à son nom : une évaluation faite avec une souche de virus, une concentration, une température et une durée d’action fixées.
Le mot se lit dans le même sens que bactéricide : le suffixe « -cide » dit que le produit est fait pour tuer, ou plutôt inactiver, l’agent pathogène visé. Le terme s’emploie en médecine comme en hygiène des locaux.
Virus enveloppés et non enveloppés : les trois niveaux
Les virus ne réagissent pas tous de la même manière à un désinfectant. Certains ont une enveloppe, une couche de protéines ou de lipides ; d’autres n’en ont pas. Pour l’ECHA, un produit contre les virus doit agir sur les deux familles, et l’activité virucide complète ne peut être revendiquée que si l’efficacité sur les virus nus (sans enveloppe) est prouvée.
Pour les désinfectants de sols, de plans de travail ou d’équipements, le guide distingue trois revendications :
| Mention | Ce qu’elle couvre |
|---|---|
| Activité virucide | les virus enveloppés et les virus non enveloppés |
| Activité virucide à spectre limité | les virus de test (adénovirus et norovirus murin) et tous les virus enveloppés |
| Activité virucide contre les virus enveloppés | les virus enveloppés seulement |
Un produit destiné aux utilisateurs professionnels peut revendiquer les trois niveaux. Un produit destiné au grand public, hors santé, ne peut revendiquer que l’activité virucide complète ou l’activité contre les virus enveloppés.
Le cas des gels pour les mains
Les mêmes niveaux s’appliquent aux produits d’hygiène des mains (type de produits 1), comme les gels hydroalcooliques. L’ECHA les décrit comme des produits destinés à prévenir la transmission des micro-organismes déposés sur les mains. Dans un avis de juin 2020, l’ANSES a rappelé que, selon la norme EN 14476, une efficacité validée sur les virus enveloppés couvre a priori les coronavirus, dont le SARS-CoV-2. Ces produits pour les mains ne relèvent pas du Certibiocide : la notice du ministère réserve le Certibiocide Désinfectants aux types de produits 2, 3 et 4.
Bactéricide, fongicide, levuricide, sporicide : les autres mentions
Le même guide définit les autres activités qu’on lit sur les étiquettes. Chacune vise un type de micro-organisme, dans des conditions définies.
| Mention | Ce que le produit inactive |
|---|---|
| Bactéricide | les bactéries végétatives |
| Fongicide | les champignons : mycélium, levures et leurs spores (le test porte sur des levures et des spores de moisissures) |
| Levuricide | les levures |
| Sporicide | les spores bactériennes dormantes |
| Mycobactéricide | les mycobactéries |
| Tuberculocide | la bactérie de la tuberculose (Mycobacterium tuberculosis) |
| Virucide | les virus, selon les trois niveaux ci-dessus |
Un produit fongicide et levuricide n’est pas forcément virucide, et inversement. L’ensemble des mentions d’un produit forme son spectre d’action. Le choisir selon le risque infectieux de la situation est l’un des principes de la désinfection raisonnée.
Les normes qui prouvent l’efficacité d’un désinfectant
En Europe, l’efficacité des antiseptiques et désinfectants chimiques se démontre avec des normes EN, articulées par la norme EN 14885. L’ECHA en recommande fortement l’usage. Les tests se font en deux temps :
- un essai quantitatif de suspension (phase 2, étape 1) : le micro-organisme est mis en contact avec le produit dans un liquide ;
- un test sur support non poreux (phase 2, étape 2).
Pour un désinfectant de surfaces dures, le guide de l’ECHA exige les deux. La norme dépend aussi du domaine d’usage, médical ou non.
| Activité | Domaine médical | Alimentaire, industriel, domestique et collectivités |
|---|---|---|
| Bactéricide | EN 13727 (suspension) | EN 1276 (suspension) |
| Fongicide ou levuricide | EN 13624 (suspension) | EN 1650 (suspension) |
| Bactéricide, fongicide ou levuricide sur support | EN 17387 ; EN 16615 pour les lingettes (avec action mécanique) | EN 13697 ; EN 16615 pour les lingettes |
| Virucide | EN 14476 (suspension), EN 16777 (support non poreux) | EN 14476 puis EN 16777 adaptée ; en agroalimentaire (TP4), EN 14476 et EN 16777 adaptées, EN 13610 pour les bactériophages |
| Sporicide | EN 17126 | EN 13704 |
| Mycobactéricide | EN 14348 | EN 14348 |
Le domaine vétérinaire (désinfectants TP3) a ses propres normes, comme EN 1656 et EN 1657. Les normes EN 14476 et EN 16777 relèvent du domaine médical. Hors santé (TP2), l’ECHA garde la norme EN 14476 et prévoit une version adaptée de la norme EN 16777 ; pour le contact alimentaire (TP4), les deux sont adaptées.
Ce qui est obligatoire et ce qui est revendiqué
Le guide sépare deux niveaux d’exigence. Les exigences de base sont obligatoires pour autoriser un produit : un désinfectant de sols et de mobilier utilisé en santé doit par exemple être actif sur les bactéries et les levures. Les autres cibles (virus, spores, mycobactéries, spores de moisissures) ne sont testées que si le fabricant les revendique. Si le test échoue, l’organisme est retiré de la revendication.
Le guide entend par santé les zones où la désinfection est médicalement indiquée : hôpitaux, établissements de soins, cabinets dentaires, infirmeries d’écoles, de crèches et de maisons de retraite, blanchisseries et cuisines qui fournissent directement les patients, établissements vétérinaires.
Propreté, température, temps de contact
Trois paramètres pèsent sur le résultat :
- la propreté : l’état « propre », selon l’ECHA, représente un support correctement nettoyé ; l’état « sale » ajoute dix fois plus d’albumine (et, en santé, des globules rouges de mouton) pour simuler des souillures. Un produit évalué seulement à l’état propre ne l’a pas été sur un support encore sale, comme l’explique l’article sur les sanitaires collectifs et les odeurs d’urine ;
- la température, en général 20 °C en santé ;
- la durée d’action : si l’étiquette annonce un temps de contact plus court, l’efficacité doit avoir été démontrée à ce temps-là.
Les critères de réussite se lisent en réduction logarithmique : 5 lg pour les bactéries, soit un nombre divisé par 100 000, et 4 lg pour les levures et les virus, soit un nombre divisé par 10 000, en santé.
Lire l’étiquette d’un désinfectant virucide
Avant de retenir un produit, le décideur vérifie sur l’étiquette et sur la fiche technique :
- le niveau virucide revendiqué : complet, spectre limité ou virus enveloppés ;
- la norme citée et son domaine : une méthode du domaine médical (EN 14476, EN 16777) ou une version adaptée pour l’agroalimentaire ;
- les conditions du test : propre ou sale, durée d’action, concentration, dilution éventuelle dans l’eau ;
- la catégorie d’utilisateurs : selon la notice du ministère, elle figure dans l’autorisation de mise sur le marché ou, pour les produits encore en régime transitoire, dans la déclaration BioCID. C’est elle qui dit si le produit est réservé aux professionnels, l’une des conditions pour qu’il relève du Certibiocide ; l’article sur l’AMM et le Certibiocide détaille ce point.
Pour le contact alimentaire, la démarche est la même avec les normes de ce domaine, comme le montre l’article sur les désinfectants TP4 pour les surfaces alimentaires.
Qui choisit le désinfectant : le décideur certifié
En France, ce choix revient au décideur de l’établissement. La notice du ministère sur le Certibiocide définit le décideur comme la personne responsable, au sein de l’établissement, de :
- choisir les produits utilisés ;
- définir les protocoles d’utilisation ;
- valider les propositions de prestations et les cahiers des charges ;
- sensibiliser les opérateurs aux bonnes pratiques de la désinfection ;
- donner la consigne de réaliser les opérations de désinfection.
Ce rôle ne concerne que les désinfectants et ne peut pas être confié à une personne extérieure à l’établissement. Le décideur, l’acquéreur et le distributeur de désinfectants réservés aux professionnels doivent détenir le Certibiocide Désinfectants. En revanche, l’agent de nettoyage qui applique un produit sans l’avoir choisi, en suivant le protocole du décideur, n’en a pas besoin : l’article sur les décideurs et les opérateurs détaille ce partage des rôles.
Ses protocoles d’utilisation traduisent ces informations pour les agents : quel produit, sur quels supports des locaux, avec quel temps de contact. Pour vérifier vos connaissances sur ces notions, le QCM Certibiocide Désinfectants corrigé reprend des questions de microbiologie et de choix des produits.
Questions fréquentes sur les désinfectants virucides
Quelle est la différence entre bactéricide et virucide ?
Un bactéricide inactive les bactéries végétatives, un virucide inactive les virus. Les deux activités se prouvent par des normes différentes (EN 13727 ou EN 1276 pour les bactéries, EN 14476 et EN 16777 pour les virus) : un produit bactéricide n’est pas virucide tant que le test sur les virus n’a pas été réussi.
Que garantit la norme EN 14476 ?
C’est un essai quantitatif de suspension qui évalue l’activité virucide des antiseptiques et désinfectants chimiques dans le domaine médical. Elle fixe trois niveaux : activité virucide complète, à spectre limité, ou contre les virus enveloppés. Pour un désinfectant de surfaces, elle est complétée par un test sur support, la norme EN 16777.
Un désinfectant virucide agit-il sur tous les virus ?
Seulement s’il revendique l’activité virucide complète, prouvée sur des virus avec et sans enveloppe. Un produit « actif sur les virus enveloppés » ne couvre pas les virus nus, et le spectre limité ne couvre que les virus de test (adénovirus et norovirus murin) et les virus enveloppés.
Que veut dire « testé en conditions de saleté » ?
Le test a été réalisé avec une dose plus forte d’albumine (et de globules rouges en santé), qui simule des souillures. L’état propre, lui, représente un support correctement nettoyé.
Qui doit choisir le désinfectant dans une entreprise ?
Le décideur de l’établissement, titulaire du Certibiocide Désinfectants. Il choisit les produits, fixe les protocoles et donne les consignes ; les agents qui appliquent le protocole sans choisir les produits n’ont pas besoin du certificat.