Chenilles processionnaires : dangers, réglementation et lutte professionnelle

Les chenilles processionnaires du pin (Thaumetopoea pityocampa) et du chêne (Thaumetopoea processionea) sont classées nuisibles pour la santé humaine depuis le décret n° 2022-686 du 25 avril 2022. Leurs poils urticants provoquent des réactions allergiques graves chez l’humain et l’animal. La lutte professionnelle contre ces insectes mobilise des techniques spécifiques (échenillage, piégeage, traitement au Bacillus thuringiensis) et relève de la catégorie TP18 des produits biocides. Tout professionnel intervenant avec des insecticides doit détenir un certibiocide nuisibles, accessible via la formation Certibiocide nuisibles proposée par Hygiwork.

Ce qu’il faut retenir :

  • La formation Certibiocide nuisibles est obligatoire pour tout professionnel utilisant des produits biocides TP18 contre les chenilles processionnaires
  • Les poils urticants des chenilles processionnaires provoquent urticaires, conjonctivites et détresses respiratoires chez l’humain et l’animal, y compris sans contact direct
  • Deux espèces distinctes existent en France : la processionnaire du pin (nids d’hiver, processions au sol au printemps) et celle du chêne (plaques sur les troncs, de mai à juillet)
  • Les collectivités territoriales peuvent imposer la lutte par arrêté préfectoral ou municipal, avec obligation de déclaration pour les propriétaires

Chenille processionnaire du pin et du chêne : deux espèces, deux cycles biologiques

Agent municipal retirant un nid de chenilles processionnaires du pin avec une nacelle
Échenillage professionnel d’un nid de chenilles processionnaires du pin

Les chenilles processionnaires désignent deux espèces de lépidoptères nocturnes dont les larves se déplacent en file indienne (d’où leur nom). Malgré une apparence et des nuisances similaires, le pin et le chêne hébergent des espèces au cycle biologique très différent. Cette distinction conditionne directement le calendrier d’intervention et les méthodes de lutte.

La processionnaire du pin

Le papillon adulte pond ses œufs en été (juillet-août) sur les aiguilles de pins, cèdres et sapins. Les larves éclosent en septembre et tissent progressivement un nid soyeux blanc dans lequel elles passent l’hiver. C’est entre février et avril que les chenilles quittent l’arbre en procession pour s’enfouir dans le sol et se nymphoser. Cette descente au sol constitue la phase la plus dangereuse pour le public : les chenilles sont alors facilement accessibles aux enfants, aux chiens et aux chevaux. En France métropolitaine, la processionnaire du pin remonte progressivement vers le nord en raison du réchauffement climatique. Elle est désormais présente jusqu’en Île-de-France, comme le documente l’INRAE dans ses cartographies annuelles.

La processionnaire du chêne

Son cycle est décalé. Le papillon pond à l’automne sur les rameaux de chênes. Les larves éclosent au printemps (avril-mai) et se développent de mai à juillet. Elles ne forment pas de nid soyeux mais des plaques (ou « manchons ») grisâtres plaquées contre le tronc ou les branches maîtresses. Les chenilles du chêne restent sur l’arbre : elles ne descendent pas en procession au sol. Comme le rappelle notre article sur les frelons asiatiques, chaque nuisible impose un calendrier et un protocole de lutte spécifiques.

Les risques sanitaires des poils urticants

Les chenilles processionnaires possèdent dès le troisième stade larvaire des poils urticants microscopiques (0,1 à 0,2 mm) appelés « setae ». Ces poils contiennent de la thaumétopoéïne, une protéine qui provoque une libération massive d’histamine au contact de la peau, des muqueuses ou des voies respiratoires.

Les symptômes chez l’humain sont multiples : urticaire de contact (éruption cutanée avec démangeaisons intenses), conjonctivite (yeux rouges et gonflés), rhinite et dans les cas les plus sévères, détresse respiratoire par bronchospasme. Le risque de choc anaphylactique existe chez les personnes sensibilisées. Point souvent ignoré : les poils urticants persistent dans l’environnement (nids abandonnés, pelouses, zones de procession) et conservent leur pouvoir urticant pendant plusieurs mois. Un nid vide dans un arbre reste donc dangereux toute la saison suivante.

Chez les animaux domestiques, le chien est la première victime. Le léchage d’une chenille provoque une nécrose de la langue potentiellement fatale si elle n’est pas traitée dans les heures qui suivent. Les centres antipoison vétérinaires signalent plusieurs centaines de cas chaque printemps.

Cadre réglementaire : arrêtés préfectoraux et obligations

Le décret n° 2022-686 du 25 avril 2022, pris en application de l’article L. 1338-1 du Code de la santé publique, inscrit les chenilles processionnaires du pin et du chêne sur la liste des espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine. Ce texte donne aux préfets la possibilité de prendre des arrêtés préfectoraux imposant la lutte aux propriétaires et gestionnaires de terrains infestés. Plusieurs départements (Landes, Gironde, Bouches-du-Rhône, Loire-Atlantique) ont déjà pris de tels arrêtés.

En pratique, l’arrêté préfectoral fixe une zone géographique, un calendrier d’intervention et les méthodes autorisées. Les communes peuvent compléter le dispositif par des arrêtés municipaux, notamment dans les espaces publics (parcs, écoles, cimetières). Le non-respect de ces obligations expose le propriétaire à des sanctions administratives. Les collectivités financent fréquemment des campagnes de lutte collective, en faisant appel à des professionnels certifiés certibiocide pour la partie biocide et à des élagueurs pour l’échenillage mécanique. La déclaration d’activité certibiocide est alors obligatoire pour l’entreprise intervenante.

Méthodes de lutte professionnelle

Le choix de la méthode dépend de l’espèce ciblée, du stade larvaire, de la saison et du contexte (proximité d’habitations, présence de ruchers, zone protégée). Un professionnel combine généralement plusieurs techniques dans une stratégie de lutte intégrée.

Échenillage mécanique

L’échenillage consiste à retirer physiquement les nids (pin) ou les plaques (chêne) à l’aide d’un échenilloir ou depuis une nacelle. Les nids sont découpés puis brûlés ou placés dans un sac étanche avant élimination. Cette technique s’applique en hiver pour le pin (avant la descente des chenilles) et entre mai et juillet pour le chêne. L’échenillage ne nécessite pas de certibiocide car il n’utilise aucun produit biocide. En revanche, l’opérateur doit porter un EPI complet : combinaison intégrale, lunettes-masque, gants et masque FFP3 pour se protéger des poils urticants en suspension.

Piégeage

Deux types de pièges existent. Le piège à phéromone, installé en été, capture les papillons mâles avant la reproduction. Son efficacité reste partielle car il ne supprime pas toutes les pontes. Le piège collier (ou éco-piège), fixé autour du tronc, intercepte les chenilles du pin lors de leur descente en procession. Un sac collecteur les emprisonne sans recours à un insecticide. Le piégeage est une méthode préventive complémentaire, particulièrement adaptée aux jardins de particuliers et aux espaces verts municipaux. Elle peut être combinée à un traitement biocide professionnel pour les infestations lourdes.

Traitement au Bacillus thuringiensis var. kurstaki (Btk)

Le Btk est une bactérie naturellement présente dans le sol. Pulvérisée sur le feuillage, elle est ingérée par les larves qui cessent de s’alimenter et meurent en 2 à 5 jours. Le traitement au Btk est la méthode de lutte biologique la plus utilisée contre les chenilles processionnaires. Il s’applique au stade jeune des larves (L1-L3) pour une efficacité maximale : en automne (octobre-novembre) pour la processionnaire du pin et au printemps (mai) pour celle du chêne.

Le Btk est un produit biocide TP18 (insecticide). Son utilisation professionnelle exige un certibiocide nuisibles valide. Le traitement est réalisé par pulvérisation aérienne (hélicoptère ou drone sur grandes surfaces) ou terrestre (atomiseur tracté ou porté). Un point technique déterminant : le Btk est détruit par les UV et la pluie. La fenêtre d’application doit donc viser des conditions météorologiques stables, sans pluie prévue dans les 48 heures suivantes.

Restrictions sur la processionnaire du chêne

Contrairement à la processionnaire du pin, la lutte chimique par insecticide de synthèse n’est pas autorisée sur le chêne en raison des impacts collatéraux sur la faune auxiliaire (coléoptères saproxyliques protégés). Seuls le Btk et les méthodes mécaniques sont admis. Cette restriction renforce l’importance d’un diagnostic précis en amont de toute intervention : confondre les deux espèces conduit à appliquer un protocole inadapté.

En résumé : le bon réflexe professionnel

La lutte contre les chenilles processionnaires exige une combinaison de savoirs entomologiques, de maîtrise des produits biocides et de conformité réglementaire. Comme pour la dératisation professionnelle ou la destruction de nids de frelons, l’improvisation est exclue. Le certibiocide nuisibles constitue le socle de compétences obligatoire pour exercer légalement. Les professionnels souhaitant se former peuvent consulter le programme complet de la formation Certibiocide nuisibles pour connaître les modalités pratiques (21 heures, examen, validité 5 ans).

FAQ

Quelle est la période de danger des chenilles processionnaires ?

Pour la processionnaire du pin, la période critique s’étend de février à avril lors de la descente en procession au sol. Pour celle du chêne, le danger court de mai à juillet. Les nids abandonnés restent urticants plusieurs mois après le départ des chenilles. Les poils urticants persistent sur le sol, les vêtements et dans les nids vides.

Un particulier peut-il traiter seul les chenilles processionnaires ?

L’échenillage mécanique et le piégeage sont accessibles aux particuliers équipés d’EPI adaptés. En revanche, toute utilisation de produit biocide TP18 (y compris le Btk en usage professionnel) exige un certibiocide nuisibles. Un particulier peut acheter certains produits grand public en jardinerie pour un usage domestique ponctuel, mais l’intervention sur de grands arbres ou en milieu collectif relève d’un professionnel certifié.

Le *Bacillus thuringiensis* est-il dangereux pour les abeilles ?

Le Btk est sélectif : il cible spécifiquement les larves de lépidoptères (papillons et chenilles). Il n’a pas d’effet toxique démontré sur les abeilles, les mammifères ou les oiseaux. Toutefois, par précaution, les traitements aériens doivent éviter la proximité immédiate des ruchers et respecter les horaires d’application (tôt le matin ou en soirée) pour limiter l’exposition des pollinisateurs actifs.

Mon chien a léché une chenille processionnaire : que faire ?

Rincer immédiatement la gueule du chien avec de l’eau (ne pas frotter, les poils urticants s’enfoncent davantage) et consulter un vétérinaire en urgence dans l’heure. La nécrose de la langue peut entraîner la perte d’une partie de celle-ci si le traitement (anti-inflammatoires, antibiotiques) n’est pas administré rapidement. Pour en savoir plus sur les nuisibles dangereux en France, consultez notre article sur les frelons asiatiques.

Existe-t-il des obligations légales pour les propriétaires d’arbres infestés ?

Depuis le décret du 25 avril 2022, les préfets peuvent imposer par arrêté préfectoral la lutte contre les chenilles processionnaires. Les propriétaires concernés doivent alors procéder au traitement ou à l’échenillage dans le délai prescrit. En l’absence d’arrêté, aucune obligation légale ne pèse sur le propriétaire privé, sauf si la présence de chenilles constitue un trouble anormal de voisinage (jurisprudence civile).

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